POÉSIE / Sous les cendres, la braise

Ainsi s’éteint l’amour quand les jours se ressemblent,
Un gardien dit bonjour attendant que l’on tremble,
Dans un signe de vie saluant son bourreau,
Les matins un vautour tournoie sur mes barreaux.

Il guette, il se répète en saluant sa proie,
Je reste sur ma couchette en écoutant sa voix.
C’est « Morgen » ou « mort jeune », sa parole est ténèbre,
Un démon se promène sur sa langue parfois.

Les êtres humains s’effacent tenant clef de l’Enfer,
Et le Malin prend place au palace des fers.
C’est malin de faire croire la prison nécessaire,
Sur les télés le soir, aux séries policières.

Le monde est en souffrance civilisationnelle[1],
Entrons en résistance, répondons à l’appel,
Des forêts aux bocages, contre leurs grands projets,
Des manifs aux blocages, jusqu’au plus haut sommet.

Écrit par Loïc, dans la nuit du 1 au 2 août 2019,
Prison du Hambourg, 12ème mois d’incarcération.

« Si nous vivons c’est pour marcher sur la tête des rois »
William Shakespeare

[1] « Et si le problème, c’était la civilisation ? »

NEWS / Rejet de la demande de libération de Loïc

Deux nouvelles qui nous sont parvenues la semaine dernière depuis Hambourg.

D’abord, nous avons appris jeudi dernier que la demande de libération conditionnelle faite récemment par les avocat.e.s de Loïc avait été rejetée par la cour. Ce n’est évidemment pas une surprise et il faut comprendre cette démarche comme faisant partie du long processus en cours. Loïc se trouve être actuellement le dernier prisonnier international lié aux émeutes du G20 de Hambourg. Il est également le dernier des 5 co-accusés du procès de l’Elbchaussee à demeurer derrière les barreaux. Or, si le procès s’éternise et qu’il n’est toujours pas fixé sur son sort, cela n’est pas de son fait, bien au contraire ! Si la juge a d’ores et déjà annoncé à plusieurs reprises le rallongement du procès, c’est parce que la parole des policiers venus témoigner à la barre en février et mars n’a pas été jugée crédible. Parce qu’ils ont menti ou bien n’ont pas répondu aux magistrats. Parce que les habitant.e.s venu.e.s confirmer leurs témoignages ont été obligé.e.s de les démentir, ont été forcé.e.s d’expliquer à la cour que la police avait sciemment déformé leurs propos. Si ce procès est interminable et qu’il n’a de cesse d’être rallongé, ce n’est pas du fait des accusés ou de leurs conseils, c’est parce les thèses policières sur lesquelles reposent l’accusation ne tiennent plus la route et qu’elles ressemblent de plus en plus à un tissu de mensonges, à une fiction créée a posteriori durant des mois et des mois d’enquêtes.

La présidente cependant ne semble pas vouloir admettre cette évidence aussi facilement et vient donc d’annoncer de nouvelles audiences. C’est qu’il n’est pas aisé de se donner pour tâche de « faire émaner la vérité » lorsque celle-ci est continuellement noyée sous la partialité des accusations, l’incompétence des fonctionnaires de police et les intentions idéologiques des policiers et gouvernants dont le procureur de Hambourg n’a eu de cesse de se faire l’écho dans la salle d’audience. Le procès qui a démarré le 18 décembre dernier et devait s’achever en mai, avait été reporté à septembre et vient donc d’être prolongé jusqu’à décembre au moins. Pour l’instant, le huis clos se poursuit mais nous attendons avec impatience les plaidoiries qui finiront bien par avoir lieu un jour et qui permettront aux soutiens, ami.e.s, familles et militant.e.s de revenir dans la salle.

DE HAMBOURG À BIARRITZ

Par ailleurs, merci à celles et ceux qui sont passé.e.s la semaine dernière aux deux discussions parisiennes où la situation de Loïc a été longuement évoqué. La rencontre de vendredi soir, aux côtés de militants basques s’organisant contre le G7, a notamment permis de comprendre que la répression cet été à Biarritz n’aura rien à envier à celle de juillet 2017 à Hambourg. Vidéo surveillance à tout va, gymnases réquisitionnés pour loger les escadrons de police, tribunal d’exception fonctionnant en continu, zones d’interdiction sur l’ensemble de la ville de Biarritz, les méthodes seront assurément les mêmes. La preuve : un centre de détention provisoire sera installé durant le sommet dans l’actuel CRA (centre de rétention admnistrative où l’on enferme habituellement les personnes sans papier dans des conditions toujours plus indignes). Celui ci sera même rénové d’ici là afin de correspondre aux normes minimum de la garde-à-vue ! Une chance pour celles et ceux qui y seront enfermés…

Les infos sur les contre-sommets organisés fin août :
https://g7ez.eus/fr/
http://alternativesg7.org/index.php/en/home-page/

POÉSIE / Quelques bédés de Loïc

Après 10 mois de prison, Loïc ne perd ni son sens de l’humour (acerbe, parfois) ni son envie de dessiner. Il aurait déjà plusieurs dizaines de pages de ces bandes dessinées entamées après son arrestation et dans lesquelles il a pris l’habitude de se représenter « en M. Patate » dont la touffe de cheveux frisés augmentent à mesure que s’entêtent les autorités allemandes à la garder derrière les barreaux.

Liberté pour Loïc ! Liberté pour toutes les personnes emprisonnées !

 

POÉSIE / La fôret de quiconque

Encore un poème de Loïc reçu récemment et dont il demande à ce qu’il soit publié ici.

Bientôt, nous proposerons un fichier rassemblant l’ensemble des poèmes écrits ces dernières années par notre ami, à Bure, à l’université, en cavale ou en détention, des textes publiés sur internet ou inédits. Il souhaite plus que tout que ces mots circulent, qu’ils soient diffusés librement, repris, imprimés, écrits sur les murs à la craie ou à la bombe.

Bonne lecture !

 

La forêt de quiconque

L’amour est indomptable, c’est le jeu des esprits,
Aucun n’est responsable, le passé nous poursuit.
Blessure en géritage, on se venge aux conquêtes
A l’usure sont-elles sages, ces jouissances qui sécrètent;

Tant de vie, de semences, dans le vide tourment,
Où l’on fuit la souffrance de ce premier moment,
Où s’est éteint son coeur à l’amour véritable,
Quand l’étreinte en sueur a invoqué la fable.

Continue reading POÉSIE / La fôret de quiconque

POÉSIE / Les fraisiers de Loïc

C’est le printemps et nous en profitons pour partager avec vous les règles et motifs de la grande « Quête du Fraisier » telles que rédigées par notre ami il y a quelques semaines derrière les murs de la prison de Hambourg.

Il y a un an, de petits fraisiers, six exactement, sont nés sous mandat d’arrêt européen. « Ces fraisiers sont en lutte contre le monde marchand, pour cette raison il ne faudra jamais les vendre », nous explique Loïc avant de déployer un savant calcul devant aboutir au bout de quelques années à l’envahissement de notre planète par quelques centaine de millions de fraisiers ayant solidairement essaimé de par le monde. Ce n’est pas la pire des perspectives en ces temps d’effondrement !