TRADUCTION / Discours de la manifestation du 16 mars 2019

Voici, traduit de l’allemand, le texte lu à l’occasion de la manifestation du 16 mars dernier à Hambourg. A l’occasion d’une journée des prisonniers politiques, une marche s’est rendue devant la prison de Hostenglacis, dans le centre-ville, où est détenu Loïc, dernier prisonnier international lié au sommet du G20.

Voilà maintenant un an et demi que le sommet du G20 a eu lieu à Hambourg. Déjà avant le début du sommet nous redoutions qu’une nouvelle vague de répression contre les activistes de gauche ne se déclenche. Il était clair que le pouvoir tenterait de légitimer la répression contre l’opposition au sommet. Ce soupçon n’a pas seulement été confirmé, il a été surpassé.

Dès les premiers jours du sommet, le ministère publique d’Hambourg sollicita la mise en détention préventive de 85 personnes, dont 51 en dehors des frontières allemandes. Une partie d’entre eux_elles était à nouveau en liberté dans le courant de la semaine mais nombre d’entre eux_elles durent rester en prison jusqu’au début de leur procès.

Directement après le sommet, la police d’Hambourg mobilisa 180 fonctionnaires dans le cadre d’une commission spéciale nommée « Schwarzer Block ». D’après nos informations, cette commission coordonne à ce jour environ 3 400 informations judiciaires contre plus de 850 personnes connues. Dans le but d’amasser un maximum d’informations, une quantité énorme de photos et de vidéo sont analysées et un bon nombre de logements en Allemagne, comme ailleurs en Europe, sont perquisitionnés. De plus, dans 4 avis de recherche, les photos de 281 personnes ont été rendues publique, dont probablement 73 d’entre elles ont été identifiées. À cette fin, la police a acquis et utilisé un programme de reconnaissance faciale qui est maintenant sous le feu des critiques à cause de ses enregistrements massifs des données biométriques. La commission hambourgeoise chargé de la protection des données est catégorique : ce dispositif est illégal. Afin de pouvoir continuer ses petites affaires illégales sans être interrompue, l’autorité publique chargé de la police a donc choisi de porter plainte contre cette commission chargé de la protection des données

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ANALYSE / Peut-on prendre une manifestation pour une bande criminelle organisée ?

Chacun sait que la justice n’est qu’un théâtre grossier où les riches et leurs supplétifs s’en prennent aux pauvres et aux rebelles. Or, ce théâtre ne se vaut pas toujours. Il est souvent expéditif, bâclé. Il semble parfois trop huilé, comme joué d’avance, pauvre en dramaturgie. La pièce qui s’est ouverte mardi 18 décembre au matin au tribunal d’Hambourg s’annonce tout à la fois haletante (29 audiences étalées sur les six prochains mois) et plus surprenante que prévue. En cause, un scénario fort mal écrit, une embarassante erreur de casting et une intervention inattendue. Décryptons.

Le pitch de départ est connu. D’un côté nous avons la ville d’Hambourg, ses flics et sa justice en quête d’une revanche après l’humiliation subie lors des émeutes qui ont ruiné leur G20 en 2017. Cette partie-là a mis les gros moyens pour se fabriquer un succès retentissant. La promotion du procès a largement été faite dans les médias. Les appels à délation, perquisitions, mandat d’arrêt européen et autres arrestations à l’étranger ont donné l’illusion d’un travail efficace des enquêteurs (cent quatre-vingts agents à temps plein pendant 15 mois, tout de même). De l’autre, il y a les cinq co-accusés, démasqués, traqués, arrêtés et détenus (pour trois d’entre eux), ils doivent payer pour les faits qui leurs sont reprochés : leur participation au saccage express de l’Elbchaussee, une rue huppée d’un quartier bourgeois de la ville, au matin du vendredi 7 juillet. En quelques minutes, cette balade contre la rencontre des dirigeants les plus riches de la planète aurait causé plus d’un million d’euros de dégâts, s’attaquant systématiquement aux symboles de l’argent et du pouvoir ; banques, consulats, voitures et commerces dont un fameux magasin scandinave d’ameublement merdique.

manifestation contre le G20 remontant l’Elbchaussee

D’un côté donc, cinq jeunes gens de moins de 25 ans, quatre allemands et un français. De l’autre, une armada de policiers, juges, politiciens et journalistes convaincus de leur culpabilité. Mais, de quelle culpabilité parle-t-on exactement ? Voici l’énigmatique question qui n’a pas manqué de surgir aux yeux de tous lors de la première journée d’audience.

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ANALYSE / L’enfer, c’est le huis clos

Le procès de Loïc et de 4 autres accusés de l’Elbchaussee (du nom de la rue où se déroulait la manifestation en juillet 2017) s’est ouvert ce matin. Nous ne savons pas encore si la trentaine d’audiences qui suivront se dérouleront à huis clos mais c’est ce que souhaite la cour. À cette occasion, nous publions ici un premier texte écrit de sa main, ces dernières semaines, dans sa cellule de la prison de Hostenglacis à Hambourg. Diffusez-le !

« L’enfer, c’est le huis clos »

Le premier procès, à huis clos, s’étalera du 18 décembre jusqu’au mois de mai. 6 mois de procès rythmé par 3 jours d’audience par semaine.

Un second procès également sur le G20 suivra l’été prochain, ce dernier sera normalement ouvert au public. Ayant été arrêté le 18 août à Nancy, la durée de l’incarcération préalable au verdict de ces 2 procès s’élève donc à près d’un an. Un an de prison ferme sans même avoir été jugé. Je n’ose imaginer la sentence finale.

Additionnez les condamnations en justice : du groupe qui coulait des bateaux de migrants, de l’attaque fasciste à l’université du Mirail et du projet d’attentat d’extrême-droite contre des musulmans ; vous n’arriverez même pas à totaliser un an de prison ferme. Comprenez bien que je compare là mon incarcération préalable à leurs condamnations finales !

Quand je connaîtrais la hauteur de ma condamnation, l’écart en sera d’autant plus effroyable. M’en serais-je mieux sorti si j’avais coulé les bateaux des participants au G20, frappé à l’aide d’un bâton le banquier Macron et projeté un attentat contre leur sommet ?

Par cette question, sachez qu’entre la vie d’un chef d’État et celle d’un étudiant, d’un migrant ou d’un musulman, je ne fais aucune distinction de valeur. La vie est si précieuse que je ne me vois l’ôter en aucun cas à personne. Et si je devais ôter quelque chose, ce serait le costard cravate du président banquier contre un bleu de travail. L’uniforme policier contre celui du sociologue (et sa grenade explosive dont la France est le dernier pays européen à faire usage dans le maintien de l’ordre).

Macron ! C’est le moment de prouver ton attachement à l’Europe ! Oseras-tu continuer à cautionner ce Brexit de l’armement policier ? Et l’autre qui se pavane avec son livre policier « La peur a changé de camp » sur les plateaux télé. Faudrait peut-être penser à changer de méthodes et d’armement. Tuer Rémi Fraisse et bénéficier d’un non-lieu en justice. Vous nous apprenez tellement à ce qu’on l’aime, la police !

J’aimerais bien que vous laissiez la famille d’Adama Traoré tranquille aussi, je dormirais mieux la nuit.

J’embrasse la DGSI, venue à 6h du matin alors que l’attaque informatique ne demandait qu’un référendum sur Bure. Petite formule de politesse non sans rappeler la genèse de ma radicalisation qui remonte à 2015.

Loïc.

Photo : rassemblement ce matin devant le tribunal d’Hambourg

NEWS / Nouvelles de Loïc et appel à rassemblements !

Nous pensions que les prisons françaises excellaient en matière d’absurdité kafkaïenne. Nous voilà détrompé.es ! L’administration pénitentiaire allemande semble bien en mesure de leur faire la leçon. Depuis son arrivée à la taule centrale de Hambourg, notre ami subit quotidiennement l’arbitraire d’un règlement où l’opacité le dispute à l’invraissemblable. Un exemple. Le mois dernier, Loïc a été punit d’une heure d’isolement parce qu’il donnait du pain aux oiseaux venus siffler un air de liberté aux barreaux de sa fenêtre. Le pain, paraît-il, rendrait malade les maigres volatiles. Mais les bons sentiments des matons ne les ont guère pousser à retirer les lames aux barbelés qui partout hérissent les murs de la prison et sur lequels gisent les cadavres de moineaux malchanceux. « Bien que ce fut la punition la plus absurde et la plus méchante de ma vie, je n’ai pas pu m’empêcher de rire« , écrit Loïc dans l’une de ses lettres.

Le reste est à cette image. Chaque acte, chaque jour entre ces murs, est marqué du sceau de la bêtise bureaucratique. Depuis son extradition le 6 octobre, Loïc se trouve dans le bâtiment réservé aux détenus étrangers, c’est-à-dire à ceux qui ne parlent pas allemands. Et dans ce bâtiment, bien sûr, aucun surveillant ne parle une autre langue que l’allemand. Ses affaires personnelles sont restées bloquées durant des semaines. 25 jours avant de recevoir le moindre vêtement. Un mois et demi pour obtenir quelques uns de ses livres parmi lesquels, nous l’espérons, des dictionnaires et une méthode d’allemand.

Les livres, parlons-en. Pour qu’il les reçoive, ceux-ci doivent être neufs. L’administration recommande de les acheter sur Amazon mais accepte toutefois les colis d’une librairie de la ville. Et pour chaque ouvrage, le prisonnier doit obtenir une autorisation spécifique. Sans cela, le livre entre en prison et file directement au grenier où il l’attendra jusqu’à sa sortie. Malgré ces précautions, certains livres se perdent en route. Sûrement dorment-ils au côté de la partie du courrier qui n’est jamais délivrée ou expédiée… Cette autorisation, « Anfrage » en germain, est le sésame qui régit la vie des taulard.es. Il faut remplir un papier pour tout. Et le papier, il faut le remettre au surveillant au réveil, c’est-à-dire à 6h45 du matin. Ensuite, c’est trop tard pour le reste de la journée. C’est qu’il faut bien inculquer la discipline matinale aux repris de justice.

Seul en cellule 23 heures par jour, Loïc n’a droit qu’à deux heures de parloir par mois (hormis les rencontres avec ses avocats). Et là encore, la taule fait preuve d’ingeniosité pour humilier les êtres et contraindre les corps. Trois personnes sont autorisées à le voir mais elles n’iront pas seules. Dans le box aseptisé où une longue table empêche les étreintes se trouvent deux mouchardes, une interprète francophone et une flic connaissant parfaitement le dossier. Un mot au sujet du G20 ou de sa future ligne de défense et s’en est fini de la visite. Difficile de savoir ce qui relève du traitement habituel et ce qui est particulier à sa situation mais il semble que la dureté de ces conditions, comme celles de toute.s les autres prisonnièr.es du G20, ne soit pas sans lien avec le caractère politique des faits qui lui sont reprochés. Comme leur gouvernement, leurs juges et leurs flics, les matons hambourgeois n’ont toujours pas digéré les journées émeutières de juillet 2017.

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ANALYSE / Solidarité avec les prisonniers du G20 de Francfort/Offenbach (traduction)

Dans six semaines, le 18 décembre prochain, s’ouvrira à Hambourg le procès d’au moins 4 des 5 accusé-e-s de la Elbchaussee, cette manif matinale contre le G20 de Hambourg, manif dévastatrice et efficace qui reste depuis en travers de la gorge des autorités allemandes. Les quatres personnes mises en cause (deux adultes, deux mineurs) sont originaires de Frankfort et Offenbach. Le texte qui suit est une traduction du dernier communiqué du groupe de soutien local, le Rote Hilfe FFM.

Lien vers le texte original

La répression massive de l’État après les actions menées lors du sommet du G20 en juillet 2017 à Hambourg se poursuit. Cette chasse à l’homme organisée sous la forme d’une vague de perquisitions dans toute l’Europe montre, d’une part, le zèle de persécution de l’État et, d’autre part, le caractère arbitraire et la faiblesse des autorités. Non seulement des camarades condamné.e.s à des peines absurdes sont déjà en prison, mais de nouveaux cas se multiplient. C’est ainsi qu’à l’occasion de l’anniversaire du sommet, quatre domiciles ont été perquisitionnés dans la région de Francfort. Deux camarades sont depuis en détention provisoire. Le procès contre ces quatre personnes devrait débuter à Hambourg le 18 décembre prochain.

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