NEWS / Anthologie des poèmes de Loïc !

Cela fait aujourd’hui un an que Loïc a été arrêté. Un an que les flics français ont fait irruption au domicile de ses parents où il était revenu malgré la cavale et les risques d’arrestation. Il se savait surveillé mais voulait revoir ses proches.

La semaine dernière, notre ami a également « fêté » pour la première fois son anniversaire derrière les barreaux de la prison de Hambourg. Depuis un an, il est privé de sa liberté, détenu arbitrairement, déplacé, transféré, extradé, sanctionné, isolé, au bon vouloir d’une administration pénitentiaire dont il a du apprendre la langue. Depuis dix mois maintenant, il est régulièrement présenté devant un tribunal qui n’a de cesse de rajouter des audiences aux audiences faisant durer plus que de raison son médiocre spectacle.

Pourtant, Loïc ne baisse ni les bras ni la tête. Il continue de préparer sa défense, d’affiner ses arguments, d’écrire inlassablement. Et d’accumuler ces planches de bandes dessinnées où il raconte son quotidien « en patates ».

Depuis plusieurs mois, Loïc souhaite que ses poèmes soient rassemblés en un petit recueil disponible gratuitement sur internet (son livre précédent est toujours à la vente). C’est chose faite. Cette Petite anthologie est disponible sous deux formes, l’une pour une lecture page par page, l’autre pour l’imprimer en brochure. Imprimez-là, diffusez-là, lisez-là en public ! Les mots sont des armes contre l’isolement des corps.

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À lire également ces jours ci, deux textes écrits depuis la prison de Hambourg et dans lesquels Loïc évoque pêle mêle ses souvenirs de l’occupation du bois Lejus près de Bure, les traumatismes de sa première arrestation par la DGSI et les conditions de sa détention en allemagne.

1ère partie – Le consentement et la DGSI

2ème partie – De la cabane forestières aux cellules pénitentiaires

Liberté pour Loïc ! Liberté pour toutes les personnes détenues !

ANALYSE / De la cabane forestière aux cellules pénitentiaires

Voici la suite du texte publié précédemment (à lire ici), écrit par Loïc ces dernières semaines depuis la prison de Hambourg. Il y évoque à nouveau ses souvenirs de l’occupation du bois Lejus près de Bure avant d’analyser certains aspects du système carcéral. Loïc est enfermé depuis un an maintenant et son procès devrait durer au moins jusqu’à l’année prochaine.

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Cette cabane [1] n’existe plus. Elle a été décimée par le feu lors de l’expulsion du 22 février 2018. Cinq cents gendarmes contre une petite dizaine d’âmes valeureuses. Il fallait rétablir l’ordre dans la forêt ! Pourtant, il me semble que les arbres, biches, cerfs ou chats sauvages n’ont fait aucun appel à l’état de droit. Libérés de l’emprise des machines de déboisements [2], les oiseaux s’étaient remis à chanter pendant que les cabanes fleurissaient. Je ne pense pas que la forêt soit d’accord avec cette expulsion policière. Le bois Lejus n’est ni à l’État, ni à l’Andra [3] (ces deux têtes d’une même hydre) et encore moins à moi. Ce bois est à ces êtres qui l’ont parcouru d’un œil désintéressé, sans autre projet que de profiter de ce qu’il est. Or il n’est pas une descente aux enfers comme le souhaiterait ce monstre nucléaire étatique. Le vice de ces institutions lourdes et puantes capables de mettre debout une armée de cinq cents hommes dès 5 heures du matin, attriste profondément mon âme.

« J’ai réfléchi à la vanité de tous vos efforts citoyens, vous avez travaillé ici ces cent dernières années et je préfèrerais que ma maison se trouve en face d’un marais naturel. »
Thoreau, avril 1850

« Partout où va l’homme, d’autres hommes vont le poursuivre et poser leurs sales pattes et leurs sales institutions sur lui. »
Thoreau, Journal, juillet 1850

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ANALYSE / Le consentement et la DGSI

Voici un texte que Loïc nous a fait parvenir récemment, écrit depuis la prison de Hambourg et dans lequel il évoque des souvenirs de sa première interpellation, il y a quelques années, lorsqu’on lui reprochait diverses attaques informatiques perpétrées contre des sites de la préfecture de police suite à la mort de Rémi Fraisse et contre le site de l’Andra, l’agence publique en charge du projet d’enfouissement de déchets radioactifs à Bure.

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On m’a reproché de ne pas être assez pudique dans certain de mes poèmes. Avec qui avez-vous eu votre première relation sexuelle ? Si je vous pose cette question c’est qu’il est probable – du mois je l’espère – que vous n’ayez pas la même réponse que la mienne. Pour autant, vous payez à la société française un impôt qui vous rend responsable indirectement de la relation non consentie que j’ai eu avec la DGSI [1]. Lorsque l’agent brigadier-chef qui faisait mon audition de 48 heures à abordé le sujet de ma webcam, il s’est permis cette remarque : « T’inquiète pas, c’est pas pour te voir nu sous ton duvet », rigolant plusieurs secondes avec son collègue muet qui pour le coup s’est enfin mis à exprimer quelques gloussements étouffés. J’aurais préféré qu’on me casse les deux bras car on se remet des blessures physiques, le corps est ainsi fait. Or cette blessure là n’a malheureusement pas de remède, surtout lorsque cela s’accompagne de pression sur votre meilleur ami.

De leurs yeux émergeait l’obscénité, de leurs rires un sadisme insoupçonné. Leur réaction était sans appel, ils m’avaient vu en train de me masturber sous mon duvet. C’était un javelot invisible lancé de nulle part transperçant mon coeur jusqu’à l’organe sexuel. Aucune trace visible sur la peau, pourtant il était bien là, me clouant d’effroi sur ma chaise. J’ai longtemps eu des pulsions souterraines de vengeance, une nocivité sombre s’était installée en moi, enfouie à 500 mètres au fond de ma conscience. Une grande partie de la jeunesse se perd dans la pornographie loin de l’amour véritable qui ne peut exister qu’à travers la relation à l’autre, la liaison des êtres. Moi, en plus d’être perdu dans la pornographie, j’ai perdu ma virginité avec la DGSI.

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POÉSIE / Sous les cendres, la braise

Ainsi s’éteint l’amour quand les jours se ressemblent,
Un gardien dit bonjour attendant que l’on tremble,
Dans un signe de vie saluant son bourreau,
Les matins un vautour tournoie sur mes barreaux.

Il guette, il se répète en saluant sa proie,
Je reste sur ma couchette en écoutant sa voix.
C’est « Morgen » ou « mort jeune », sa parole est ténèbre,
Un démon se promène sur sa langue parfois.

Les êtres humains s’effacent tenant clef de l’Enfer,
Et le Malin prend place au palace des fers.
C’est malin de faire croire la prison nécessaire,
Sur les télés le soir, aux séries policières.

Le monde est en souffrance civilisationnelle[1],
Entrons en résistance, répondons à l’appel,
Des forêts aux bocages, contre leurs grands projets,
Des manifs aux blocages, jusqu’au plus haut sommet.

Écrit par Loïc, dans la nuit du 1 au 2 août 2019,
Prison du Hambourg, 12ème mois d’incarcération.

« Si nous vivons c’est pour marcher sur la tête des rois »
William Shakespeare

[1] « Et si le problème, c’était la civilisation ? »